Helena Rohner x INDI&COLD
30 années de design, d’art et d’authenticité
Helena Rohner fête ses 30 ans comme l’une des designers les plus élégantes et singulières du panorama national. Sa marque, fondée à Madrid en 1995, a reçu le prix de la Medalla de Bellas Artes et le Red Dot Design Award, et est une référence internationale grâce à son propre langage : lignes pures, beauté et un mélange d’audace de matériaux allant de l’argent au verre soufflé ou à l’impression 3D.
Nous parlons avec Helena de créativité, artisanat et sa collaboration avec INDI&COLD, une union célébrant la beauté utile —Beautility— et le pouvoir des choses bien faites.
Votre marque fête ses 30 ans. Comment a commencé cette aventure et qu’est ce qui a changé, ou s’est maintenu intact, depuis les débuts ?
J’ai suivi un cursus de joaillerie à Florence – une année sabbatique entre l’école et l’université – J’ai adoré. J’allais faire des études de politique et je vis là-bas que je n’étais pas mauvaise en utilisant mes mains 😉 L’année suivante, j’ai déménagé à Londres et étudié les relations internationales tout en suivant des cours de nuit de joaillerie artistique.
 la fin des études, j’ai continué dans la direction de la joaillerie, travaillant avec de nombreux bijoux, et surtout, avec Jacqueline Rabun. Avec elle l’ai découvert une joaillerie créative connectée à la mode et à l’art; j’ai voyagé avec elle à Paris pour des salons de mode. Là-bas je connu de nombreux acheteurs importants avec qui j’ai senti que c’était un mode de vie bien réel. Barney’s New York et Tokyo furent mes premiers clients et avec cette première commande, je bâtis entreprise et projet, il y 30 ans!
Avant nous avions accès à des acheteurs vraiment spécialisés qui venaient du monde entier faire une sélection et les bijoux étaient envoyer sans bien savoir où et comment ils seraient montrés. Aujourd’hui, il y a une connexion globale avec les clients directs de sites incroyables. C’est quelque chose que j’adore et me rend particulièrement heureuse, de penser que mon design est suffisamment universel pour que les gens de cultures différentes le comprennent. Pour moi, c’est cela un bon design.
Je continue de me poser des questions sur les règles, de chercher des matériaux alternatifs…. Je fête les années et l’expérience, mais au fond je suis toujours une petite grande rebelle. Mon père, une référence importante pour moi, disait que j’étais que discrète et tenace. C’est la base : être différente et personnelle. Pour cela aussi ma marque est à mon nom.
Nous voyons le concept de notre collection FW25: Beautility vraiment reflété à travers tes pièces, cette balance entre beauté et fonctionnalité. D’où te vient cette inspiration?
L’inspiration est quelque chose de très abstrait. Parfois c’est inconscient, et plus vous passez de temps dans ce rôle de créatrice, plus je donne carte balance à cette intuition que je ne saurais décrire lorsque l’on me pose la question.
Comme point de départ, je dirais que nous nous inspirons de ce que nous ne rencontrons pas dans le monde qui nous entoure. Le design d’un produit est un art fonctionnel et penser à l’utilisation de la pièce que nous faisons est le plus grand défi, mais c’est essentiel de se concentrer sur le bien faire afin qu’elle dure dans le temps. Les Danois appelle cela le slow design et ça définit exactement cela, regarder encore et encore une pièce jusqu’à ce qu’elle fonctionne esthétiquement, physiquement et qu’elle soit fabriquée avec conscience. Beautility est un bon concept, créé pour des personnes réelles.
Argent, or, cuivre… mais aussi céramique, verre soufflé, miyuki ou PLA impression en 3D. D’où vient cette combinaison si personnelle de matériaux ? Lesquels as-tu en suspens, c’est-à-dire, y a-t-il un matériau qui t’intrigue ou que tu n’as pas encore essayé?
La base de mes bijoux est toujours le métal: argent, cuivre et or. C’est un matériau que je modèle en cire et qui représente ces formes organiques ou liquides que j’aime et qui me définissent tant. Bien que je fasse beaucoup de pièces exclusivement en métal, je sens aussi qu’en utilisant les matériaux différents du métal, en contraste, le met encore plus en valeur. A titre personnel, j’aime essayer et apprendre, travailler avec différents fournisseurs est très enthousiasmant.
J’aimerai travailler avec de l’albâtre ou du marbre, de la lave volcanique… En ce moment, je développe des pièces en verre et je continue de collaborer avec Comme des Machines sur des nouveaux filaments en 3D.
Tu as reçu des récompenses comme la Médaille des Beaux-Arts (Medalla de Bellas Artes) et le Red Dot Design Award. Qu’est-ce que ces prix signifient pour toi dans ton parcours ?
Je suis pudique et j’ai été éduqué avec les valeurs du travail, loin des éclats de la personne. C’est ça d’avoir un père suisse protestant😊 Les prix sont merveilleux et j’en suis reconnaissante parce que ce sont la reconnaissance de notre travail, celui de mon équipe et le mien, et nous les apprécions. Je suis très contente de penser que nous avons mené à bien ce projet tant d’années. Les entreprises sont des entités complexes, le design est seulement une partie de l’effort. Il y a beaucoup d’énergie à dépenser pour maintenir un discours cohérent et une équipe qui est à mes côtés depuis tant d’années.
Cela fait des années que tu défends l’artisanat et la production locale. Comment vois-tu le futur de ces métiers en Espagne?
Je suis fille de couturière et teinturière. J’ai vécu sa lutte pour mettre en valeur l’artisanat et je suis ravie de voir que cela se comprend de plus en plus.
Mon pari personnel a toujours été la production locale, les bijoux ont une âme grâce à cela, et je suis presque superstitieuse avec ça. Ce fût une décision naturelle car je voulais être près de l’artisanat, et aussi parce que je sentais que cela était ce qui me différenciais sur le marché international. Je ne me lasse pas de raconter comment, hors d’Espagne, ils nous admirent et nous valorisent. J’aimerai que cette demande de l’artisanat revienne et que les jeunes reviennent dans ses métiers.
Quel rôle joue la mode dans ta vie? Comment définirais-tu ton style personnel?
La mode est une expression de soi-même et permet de se rendre compte des changements sociaux qui nous entourent. C’est amusant et enthousiasmant. J’aime la mode comme j’aime l’art ou la photographie.
Mon style personnel ? L’autre jour, quelqu’un m’a dit que je suis du style gamine. Une femme sobre, peut-être un peu au bout du soufflé; pas super féminine mais qui joue avec les couleurs et toujours avec du rouge à lèvres. Pour moi, c’est important de me sentir naturelle et confortable et je pense que la beauté réside dans les secondes impressions.
Photo by Lourdes Cabrera
Qu’est ce qui t’as attiré dans ta collaboration avec INDI&COLD et comment l’as-tu vécu?
C’est une marque de vêtements avec une essence chaleureuse et naturelle. Ce sont des pièces qui vous accompagnent et qui ne vous déguisent pas, intemporelles et contemporaines à la fois. Je peux imaginer des personnalités très distinctes porter les pièces INDI&COLD et en retour, projeter une image différente. Dans ce sens je dirais que mes créations partagent une philosophie similaire à celle d’INDI. Je crée en pensant à moi mais, une fois sur le marché, je vois des femmes de 80ans ou des jeunes filles de 20ans s’approprier les bijoux et les redéfinir.
Tu es née aux Canaries, mais tu vis à Madrid. Pour cet automne, que recommanderais-tu aux personnes venant visiter la ville? Un restaurant, un musée et un plan parfait.
Je vis dans La Latina, le meilleur quartier pour prendre un café et aller à Cocol, une boutique avec une sélection d’artisanat merveilleuse. Ma boutique est dans la rue Calle Almendro, elle mérite également le détour 😉 Trèsde est mon restaurant préféré pour des occasions spéciales ; une cuisine d’auteur absolument délicieuse, réfléchie et bien faite. J’adore le Museo ICO d’architecture et le Thyssen Bornemisza est un incontournable, en ce moment il y a une Expo de Warhol/Pollock et nous avons fait des bijoux spéciaux basés sur un tableau de Helen Frankenthaller.
Mon plan parfait pour un dimanche est allé au Rastro, je recommanderais une visite du Reno, une boutique de designs scandinaves, avec d’autres choses.